
Sénégal : Le juge Ibrahima Hamidou Dème dénonce un « deux poids, deux mesures » des autorités face aux discours xénophobes
L'ancien magistrat Ibrahima Hamidou Dème, président du mouvement Ensemble pour le Travail, l'Intégrité et la Citoyenneté (ETIC), tire la sonnette d'alarme face à la montée des discours de haine et de xénophobie au Sénégal. Dans une déclaration rendue publique ce jeudi 15 octobre 2026, il accuse les autorités administratives et judiciaires de faire preuve d'une application inégale de la loi. Selon lui, certains auteurs de propos discriminatoires bénéficieraient d'une forme de tolérance, tandis que les personnes qui réagissent à ces discours feraient l'objet de sanctions.
Une dénonciation ferme du traitement réservé aux discours de haine
La question de la xénophobie et de la stigmatisation de certaines communautés continue d'alimenter le débat public sénégalais.
Face à cette situation, Ibrahima Hamidou Dème a décidé de prendre publiquement position pour dénoncer ce qu'il considère comme une attitude préoccupante des autorités chargées de faire respecter la loi.
L'ancien membre du Conseil supérieur de la magistrature estime que les institutions administratives et judiciaires ne réagissent pas avec la même fermeté face aux différentes manifestations de haine dans l'espace public.
Selon lui, certains individus se présentant comme des défenseurs du nationalisme tiendraient des propos hostiles envers des communautés étrangères sans faire l'objet de poursuites appropriées.
À l'inverse, il affirme que des personnes dénonçant ou contestant ces discours seraient parfois sanctionnées.
Une situation qu'il juge contraire au principe fondamental d'égalité devant la justice.
Le juge Dème interpelle les autorités judiciaires et administratives
Dans sa déclaration, Ibrahima Hamidou Dème remet en question ce qu'il présente comme une forme de passivité institutionnelle face aux discours xénophobes.
Pour l'ancien magistrat, la liberté d'expression ne doit pas servir de justification à des propos incitant à la haine, à la discrimination ou à l'hostilité envers certaines populations.
Il rappelle que des comportements de cette nature peuvent constituer des infractions pénales lorsqu'ils remplissent les conditions prévues par la législation sénégalaise.
Le responsable politique estime donc que les autorités doivent examiner ces situations avec impartialité, sans tenir compte de l'identité, de l'appartenance politique ou de la nationalité des personnes concernées.
Ses accusations portent sur la manière dont les institutions réagiraient à certains discours publics. Elles constituent une appréciation de l'ancien magistrat et ne démontrent pas, à elles seules, l'existence de décisions judiciaires discriminatoires.
Une inquiétude particulière concernant la stigmatisation des étrangers
Cette nouvelle prise de position intervient dans un contexte de débats autour de la place des ressortissants étrangers au Sénégal.
Depuis plusieurs mois, des déclarations et publications sur les réseaux sociaux suscitent des préoccupations concernant la stigmatisation de certaines communautés, notamment des ressortissants guinéens.
Déjà en juillet 2026, Ibrahima Hamidou Dème avait publiquement alerté sur la progression de discours visant particulièrement les Guinéens d'ethnie peule, également appelés Peuls du Fouta.
Il avait alors exprimé ses inquiétudes face aux risques de divisions communautaires et appelé à préserver les valeurs de paix, de solidarité et de coexistence qui caractérisent les relations entre les populations de la sous-région.
Pour l'ancien magistrat, la multiplication de propos discriminatoires pourrait fragiliser la cohésion sociale si aucune réponse adaptée n'est apportée.
Un appel à une justice équitable et sans discrimination
Au cœur de son intervention, Ibrahima Hamidou Dème insiste sur la nécessité d'appliquer les textes de loi de manière identique à tous les citoyens et résidents.
Il considère que la crédibilité des institutions judiciaires repose notamment sur leur capacité à traiter les infractions sans distinction entre les personnes concernées.
L'ancien magistrat appelle ainsi les autorités à faire preuve de rigueur dans la lutte contre les discours de haine, tout en garantissant le respect des libertés fondamentales et des droits des personnes mises en cause.
Son message vise également à rappeler que la prévention des tensions communautaires nécessite une réponse cohérente de l'État, mais aussi un engagement responsable des acteurs politiques et des citoyens.
Préserver la cohésion sociale et les relations entre les communautés
Au-delà des critiques adressées aux institutions, cette sortie du juge Dème relance une réflexion sur le vivre-ensemble au Sénégal.
Le pays entretient depuis plusieurs générations des liens historiques, économiques, familiaux et culturels avec les autres États d'Afrique de l'Ouest.
Les ressortissants de différents pays de la sous-région participent à la vie économique et sociale sénégalaise, notamment dans les secteurs du commerce, des services et de l'entrepreneuriat.
Dans ce contexte, les discours qui désignent certaines communautés comme responsables de difficultés économiques ou sociales peuvent contribuer à accentuer les tensions.
La lutte contre la xénophobie nécessite donc une vigilance collective, particulièrement sur les réseaux sociaux où les publications discriminatoires peuvent rapidement circuler.
Une nouvelle interpellation adressée aux pouvoirs publics
À travers cette déclaration, Ibrahima Hamidou Dème demande aux autorités sénégalaises de renforcer leur vigilance et d'appliquer les dispositions légales avec impartialité.
Pour le président du mouvement ETIC, la lutte contre la xénophobie ne doit pas dépendre des sensibilités politiques ou de la position sociale des personnes impliquées.
Elle doit, au contraire, reposer sur le respect des principes républicains, de la dignité humaine et de l'égalité de tous devant la loi.
Cette prise de position remet au premier plan la responsabilité des institutions dans la prévention des discours discriminatoires et la protection de la cohésion nationale. Elle rappelle également l'importance d'un débat public respectueux, dans un Sénégal historiquement marqué par les échanges et les liens de solidarité avec les peuples voisins.
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